Attentisme à New Delhi

Par François Montrelay, P2P Consultants et Vincent Previ, Worldalysis

La victoire du Parti du Congrès aux élections de mai 2009 a ouvert une période de stabilité politique inattendue et favorable aux réformes (voir notre note précédente à ce sujet). La présentation le 6 juillet dernier du budget 2019-2010 était donc très attendue. Le peu de mesures annoncées laisse les observateurs sur leur faim et la question

Une roupie indienne

Une roupie indienne

reste posée des véritables intentions économiques du nouveau gouvernement indien : Soft-libéralisme, comme laissent l’entendre les grandes lignes du budget, socialisme modéré, comme tend à l’y pousser la ligne historique du Parti du Congrès, ou attentisme tactique?

Plus que sur l’investissement privé, le gouvernement met l’accent sur la dépense publique pour doper la demande. Les grands secteurs bénéficiaires des annonces du 6 juillet dernier seront les infrastructures (notamment les chemins de fer et les autoroutes) tant en milieu rural qu’urbain, mais également le secteur de la défense dont le budget, en forte hausse (+24%), bénéficie notamment du climat créé par les attaques de Bombay en novembre dernier. Ces choix d’investissement publics augmenteront le déficit public à 6,2% sans qu’un processus de réduction des déficits à terme soient clairement explicités.

Des gages significatifs ont également été donnés aux chefs d’entreprises indiens ainsi qu’aux classes les plus aisées, à l’image de la suppression de la Fringe Benefit Tax et de la Commodity Transaction Tax.

Mukherjee en campagne

Mukherjee en campagne

Le ministre indien des Finances, Pranab Mukherjee, est un vieux routier. Il a construit sa carrière sur les mesures en faveur des paysans, pas sur les réformes économiques. Il est sans doute le plus fin tacticien du gouvernement et il n’est pas sûr qu’il veuille établir la clarté sur sa ligne économique, cherchant plutôt à ménager la chèvre et le chou et à conserver des marges de manœuvre.

Le gouvernement n’a fait aucune annonce sur la libéralisation des secteurs bancaire, de l’assurance et du commerce de détail. Au contraire, le Gouvernement annonce son intention de conserver la majorité du capital des institutions financières et s’est même fendu d’un hommage à la nationalisation des banques en 1969. De même, la réforme de la fiscalité touchant les produits pétroliers est suspendue aux recommandations d’une commission. Le ministre des Finances n’a pas non plus dévoilé le nom des entreprises ou des secteurs devant faire l’objet de privatisations, ces dernières étant appelées à intervenir lorsque les conditions du marché seront plus favorables. Enfin, chacun s’étonne de n’avoir pas entendu le ministre des Finances prononcer les mots « Foreign Direct Investment » alors que les règles en la matière ont un besoin urgent de clarification et de modernisation.

Paysan indien

Paysan indien

Sans doute faut il parler de pragmatisme : Même si le gouvernement de Manmohan Singh n’est plus tributaire des communistes, il s’est refusé à favoriser une libéralisation excessive de l’économie, afin sans doute de ne pas effrayer le cœur de son électorat, à savoir les classes populaires et rurales, et de ménager les plus remuants de ses alliés politiques, des formations régionales souvent disposées à défendre les thèses les plus populistes…

En définitive, ce budget pourrait bien constituer une voix médiane très « murkhejienne » entre les craintes d’une majorité de la population envers une libéralisation excessive de l’économie indienne et la satisfaction partielle, notamment dans le domaine fiscal, des entreprises et des foyers les plus riches. Rappelons que l’Inde demeure en mesure d’assurer un taux de croissance de 6,7% sur 2009-2010.

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A propos de P2P CONSULTANTS : Présent à Paris et Bangalore, P2P Consultants est un cabinet de conseil à taille humaine crée pour répondre au besoin croissant des dirigeants et actionnaires d’un service personnalisé, débouchant sur l’action et véritablement multiculturel. P2P Consultants s’adresse aux entreprises européennes et indiennes. Les services offerts comprennent le conseil stratégique, la création et de développement de partenariats stratégiques, la réalisation de fusions-acquisitions et le conseil personnalisé aux dirigeants.

A propos de WORLDALYSIS : WORLDALYSIS est un cabinet de conseil spécialisé dans l’analyse et l’anticipation du comportement des acteurs publics étrangers (ministères, agences de régulation, collectivités locales, entreprises publiques…), principalement dans les pays émergents.

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