Copenhague: La position de l’Inde

Après l’échec du sommet de Copenhague, quelques points ici sur la position de l’Inde.

Elle a été exprimée à de nombreuses reprises par la délégation indienne puis par le premier ministre Manmohan Singh: L’Inde se refuse à prendre des engagement chiffrés dans le cadre d’un traité juridiquement contraignant. L’Inde pourrait refléter ses engagements dans un traité « approprié », à condition qu’il ne soit pas contraignant.

L’Inde, comme beaucoup d’autres pays émergents, exprime à tort ou à raison une frustration devant ce qu’elle ressent comme la volonté injuste des nations développées de transférer aux pays en développement une part « injuste » de l’effort de réduction des émissions de CO2. L’Inde a annoncé des objectifs de réduction à son propre niveau mais refuse de les inclure dans un traité globalement contraignant.

Jawaharlal Nehru

Jawaharlal Nehru, confondateur des Non Alignés

L’Inde exprime également une méfiance à l’égard des des nations développées qui, au lieu de tenter de comprendre le point de vue des pays émergents, chercherait à imposer par la contrainte politique un accord qui servirait avant tout leurs intérêts propres.

Dans un article publié par Slate début novembre 2009 et intitulé « Copenhague sera un échec », Claude Allègre, personnage controversé s’il en est sur le sujet de l’environnement, résumait comme souvent la situation avec une clarté d’esprit exceptionnelle:

« Les pays en développement disent «si les pays développées veulent que nous prenions des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre qu’ils payent pour cela! Ce sont eux qui ont pollué la planète, c’est à eux de réduire leurs émissions et de payer pour réduire les nôtres. Personne, vous entendez personne, n’empêchera la Chine (qui construit chaque semaine une centrale à charbon) ou l’Inde de se développer. Ceux qui défendent l’idée que ces pays ne peuvent pas, ne doivent pas, se développer comme nous, sont en fait des Néo-colonialistes, déguisés en défenseurs de la Planète! Nous nous sommes développés, nous nous sommes gavés, de grâce qu’ils ne nous imitent pas! »

Ainsi, le ministre de l’environnement Jairam Ramesh déclare pendant le sommet: «L’Inde a une responsabilité, non pas vis-à-vis du monde, mais vis-à-vis d’elle-même, pour prendre au sérieux le changement climatique.»

Jairam Ramesh, ministre indien de l'environnement

Jairam Ramesh, ministre indien de l'environnement

Ramesh est dans une position difficile: En tant que ministre de l’environnement, il a un droit de regard sur l’ensemble de l’action gouvernementale, mais il a été accusé par l’opposition d’être « vendu aux américains » et il soumis à une intense pression de l’industrie.

Avant Copenhague, l’Inde a annoncé des mesures unilatérales pour réduire ses émissions de carbone: Réduction de l’intensité carbone (carbone produit par point de PIB produit) de 20-25%, grâce à l’imposition de normes plus strictes en matière de carburants pour tous les véhicules, ,l’adoption d’un code de la construction plus « vert » et la passage à des technologie de charbon propre.

Cependant, le débat à l’assemblée a duré plus de quatre heures et le ministre a bien insisté que l’Inde n’accepterait jamais ni des mesures obligatoires imposées par d’autres ni une date butoir pour atteindre un niveau d’émission donné.

Comme la Chine, il a également indiqué que l’Inde n’accepterait jamais un processus de contrôle international  des mesures prises par l’Inde.

La volonté farouche de l’Inde de ne pas se voir imposer un accord par les pays développés se rapproche de celle de la Chine. Il n’en fallait pas plus pour que, bien avant la conférence, l’Inde et la Chine se joignent à une initiative menée par les Etats-Unis qui proposait qu’un accord contraignant serait défini plus tard., à une date non spécifiée.

Du point de vue de ceux qui recherchaient un accord juridiquement contraignant, le ver était donc dans le fruit et on peut se demander pourquoi les gouvernements ne l’ont pas vu à l’avance.

Après le sommet, Jairam Ramesh explique dans la presse indienne qu’il a fait de son mieux pour faire comprendre le point de vue de l’Inde aux dirigeants français et britannique Nicolas Sarkozy et Gordon Brown, et que cela les a conduits à de vifs échanges. Il insisté également sur le fait que le président Obama était très en faveur de la position indienne…

Pollution au Chrome crée par une tannerie en Inde

Pollution au Chrome crée par une tannerie en Inde

On voit donc bien une ligne de fracture se dessiner entre les pays tenants d’un traité contraignant parmi lesquels la France et le Royaume Uni et ceux tenants d’une déclaration de principe parmi lesquels l’Inde, la Chine, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud.

Si l’on en vient à la forme, la presse indienne, souvent nationaliste dans son approche, même si elle peut être (très) critique du Gouvernement, tend à présenter l’échec de Copenhague comme le refus des « autres pays » de se rallier à un accord non-contraignant préparé et accepté par les Etats-Unis (1er pollueur mondial), la Chine (2ème) ,l’Inde (4ème) et l’Afrique du Sud (12ème).

Un point à noter: Le point de vue de l’Union Européenne est totalement ignoré par les média indiens. Copenhague est présenté comme une réunion et une décision entre les USA, la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.


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