Quand le Ministre des Finances indien parle « hollandais »: En Inde aussi, on débat de la taxation des plus riches…

P. Chidambaram

P. Chidambaram

Comme en France, l’Inde a du mal à organiser un environnement fiscal stable et incitatif pour l’économie. Après moultes avancées et volte-faces sur la taxation des plus values d’investissements étrangers, voici que surgit en Inde un débat qu’on aurait pu croire franco-français: A l’occasion de la préparation de la prochaine loi de finances, le Ministre des Finances P. Chidambaram s’exprime dans la presse pour se demander si les « très riches » payent assez d’impôts. L’absence de définition des « très riches » alimente évidement la spéculation. Du pur François Hollande?

La croissance de l’économie indienne est attendue en baisse en 2012-2013 alors que les déficits courants et l’inflation sont en hausse. Pas étonnant donc que Chidambaram veuille combler les trous. Le Gouvernement a déjà commencé la semaine dernière en libéralisant les prix du carburant – avec un effet inflationniste attendu de 1.2% environ. Cette dernière mesure affecte directement les coûts de production, le prix de denrées de base comme les engrais  le ciment etc., et le pouvoir d’achat des plus défavorisés.

Selon Chidambaram, « l’environnement fiscal se doit d’être stable, mais nous devons tenir compte de l’argument selon lequel les plus riches devraient payer un peu plus dans certaines circonstances ». Espiègle, il ajoute: « Ce n’est pas une opinion que j’exprime, c’est seulement un argument que j’entends et que je repète ici. »  Pendant la campagne électorale française, Hollande avait déclaré à propos des hausses d’impôts annoncées: « C’est un signal qui est envoyé, un message de cohésion sociale (…), c’est faire acte aussi de patriotisme. C’est du patriotisme d’accepter de payer un impôt supplémentaire pour redresser le pays ».

On ne sait pas trop si Chidambaram parle  l’impôt sur les revenus, sur les plus-values, sur la fortune, ou même de l’impôt sur les successions qui a été supprimé par son prédécesseur  (ce que Chidambaram a publiquement regretté). A ce jour, la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu est de 30% au delà d’un million de roupies (tiens donc…), soit 13 800 euros par an. L’impôt sur le revenu ne touche « que » 35 millions de contribuables, dans un pays de 1,2 milliards d’habitants.

Comme en France, les commentaires de Chidambaram s’adressent avant tout à l’aile gauche du Parti du Congrès qui pense ouvertement que les dernières réformes annoncées (ouverture de la distribution aux investissements étrangers, baisse des subventions…) favorisent les entreprises aux depends de l’homme de la rue (pour autant que cela veuille dire quelque chose…). Le Congrès est à la veille d’élections difficiles.

Comme en France, le débat s’organise autour de l’efficacité de telles mesures: Une goutte d’eau dans l’océan du budget, la hausse d’impôts peut affecter la croissance donc les recettes fiscales, ele va encourager l’évasion…

India's 100 Richest

India’s 100 Richest

Techniquement, taxer les revenus n’est pas la meilleure approche: En Inde, les salaires des dirigeants sont souvent symboliques. par exemple, le milliardaire Mukesh Ambani (Groupe Reliance) a reçu en 2012 un salaire de « seulement » 2 ,7 millions de dollars alors que sa fortune est estimée à 21 milliards de dollars. De même, Azim Premji, fondateur du groupe d’informatique Wipro, et troisième fortune de l’Inde avec 1.2 milliards de dollars n’a reçu que 85 000 dollars de salaire.

L’Inde a 125 000 millionaires en dollars (ci-contre). Ceux-ci montent au créneau et, comme en France, ils sont divisés sur la question. Par exemple, Azim Premji a déclaré cette semaine à Davos qu’il n’était pas opposé à une taxation plus élevée des plus riches. D’autres indiquent qu’avant d’augmenter les taxes sur les plus riches, il convient avant tout de lutter contre la fraude et augmenter l’assiette fiscale.

En filigrane, se trame aussi le débat sur la corruption et les détournements de fonds dont on sait qu’ils coûtent au budget beaucoup plus que toutes les hausses d’impôts cumulées. Par exemple:

  • L’adjudication illégales de licences d’exploitation de mines de charbon sans appel d’offre a coûté 210 milliards de dollars à l’état entre 2004 et 2010
  • Le Premier Ministre de l’Eat du Karnataka est pris dans un scandale similaire pour avoir exploité des mines de fer sans autorisation et exporté la moitié de la production en Chine, coûtant plus de 3 milliards de dollars au budget fédéral.
  • Le déficit des Jeux du Commonwealth est de 4 milliards de dollars, soit 20 fois le budget initial (record mondial?)
  • On estime que la manque à gagner de l’attribution de licenses 2G sans appel d’offres par l’ex Ministre des Telecom est de 40 milliards de dollars (sans compter l’argent que le Ministre est soupçonné d’avoir touché lui-même).

corruption_quit_indiaEn Inde comme en France, il est donc fortement possible que le débat sur la taxation des plus riches soit avant tout un symbole et représente l’arbre qui cache la forêt…

Dans la discussion budgétaire qui commence, tout cela va ressortir.

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